La savate et la boxe française
Vers la fin du XVIIIe siècle les marins français et génois utilisent une méthode de combat aux pieds pendant les heures de calme, posant au sol une main pour assurer leur équilibre lorsqu’ils frappent en ligne haute. Une méthode de combat aux pieds est attestée par Vidocq (1775-1857), qui la découvre lors de son passage au bagne de Brest en 1797.
Vers le début du XIXe siècle on observe dans le midi de la France une méthode de combat utilisant exclusivement les pieds: c’est le «chausson marseillais» sans doute transmis par les marins de passage. Dans le Nord de la France se développe à la même époque une méthode similaire dans laquelle s’ajoutent aux coups de pieds quelques coups portés avec la main ouverte : c’est la savate.
La savate est issue, d'une part de l'évolution de la pratique du duel, d'un regain d'intérêt pour les activités physiques et d'un besoin de savoir se défendre dans la rue. La savate est donc une réponse à trois tendances de fond de la société française de l'époque, notamment parisienne. Il devient possible, d'une part, de se confronter physiquement en duel sans risquer la mort. On se confronte sans arme sur un mode codifié, qui permet l'utilisation des poings et des pieds. D'autre part cette pratique permet d'entretenir son corps et sa forme physique, ce qui devient plus important pour les Français en cette période. Pour finir, la pratique de la savate permet d'apprendre à se défendre, ce qui en ces temps troublés n'était pas négligeable. La plupart des écoles du début du XIXe siècle proposaient d'ailleurs principalement cette activité sous l'angle de la défense personnelle. La savate naît donc en France, plus exactement à Paris, où pratiquent les savatiers d'abord dans les arrière-salles des cafés puis dans des salles dédiées qui accueillent des élèves.
Lorsque le maître d'armes Michel Casseux dit Pisseux ouvre sa salle en 1825, il est le premier à enseigner l'escrime traditionnelle, le nouvel art de la savate et la canne de combat.
Suite à une rude défaite face au boxeur anglais Owen Swift, Charles Lecour (1808-1894), élève de Michel Casseux, décide d’étudier le « Boxing londonien » chez un champion de boxe anglaise installé à Paris afin d’améliorer sa technique de poings. La savate utilisait alors les poings et les bras essentiellement pour parer et s’équilibrer lors des coups de pieds hauts. Charles Lecour enrichit alors la savate des techniques de poings issues de la boxe anglaise pour créer un véritable art de combat pieds-poings : la «savate boxe française». Il ouvre la première salle de boxe française passage des Panoramas à Montmartre. Cette méthode devient rapidement très populaire, surtout comme moyen de défense ; des salles ouvrent en nombre.
En 1843, un élève de Michel Casseux resté anonyme publie une « Théorie pratique de l’art de la savate et de la canne ».
En 1852, le prince Louis Napoléon Bonaparte crée l’école de Joinville où l’on enseigne la savate boxe française et la canne.
En 1854, Louis Vigneron (1827-1871) crée la sensation en battant le Britannique Dickson lors de la première confrontation boxe française/boxe anglaise, et ouvre une salle rue de la Michodière à Paris.
A la demande de l’Impératrice Eugénie, un décret d’état en 1856 interdit la pratique des sports de combat, jugés trop violents. La savate boxe française se transforme en exercice gymnique qui prend le nom d’«Adresse française», variante dans laquelle on peut reconnaître l’ancêtre de la savate forme, qui utilise les mouvements de la savate sans opposition. Le décret d’interdiction est abrogé en 1860.
Joseph Charlemont, élève de Louis Vigneron et militaire, commence sa carrière en 1862 en enseignant la boxe et la canne de combat au sein du 19ème bataillon de chasseurs à Arras. Il se rallie aux insurgés de la Commune de Paris. Pour éviter d'être fusillé, il est contraint de s'exiler en Belgique où il participe au développement de la boxe française. En 1878, il publie « La boxe française : traité théorique et pratique » dans lequel les coups et les attitudes sont codifiés pour la première fois de manière très précise avec textes et gravures. C’est le premier ouvrage de référence de ce sport. En 1879, enfin amnistié, Joseph Charlemont revient à Paris et forme rapidement de nombreux disciples dont les plus brillants seront Victor Castérès et son fils Charles. En 1887, Charlemont père et fils créent « l'Académie de Boxe Française » au 24 rue des Martyrs à Paris dans le quartier de Pigalle. En 1896, Victor Castérès affronte le champion de boxe anglaise Wilson dans un combat arbitré par le marquis Queensburry (codificateur des règles de la boxe anglaise). Joseph Charlemont publie en 1899, un ouvrage sur la boxe française : « La Boxe française, historique et biographique, souvenirs, notes, impressions, anecdotes ».
En octobre 1899 au gymnase de la rue Pergolèse à Paris se déroule une nouvelle confrontation boxe française/boxe anglaise que la presse qualifiera de « combat du siècle » : chaque boxeur combattant selon les règles de son sport, Charles Charlemont bat le champion anglais Jerry Driscoll en le mettant hors combat d’un coup de pied à la 7ème reprise, coup dont la régularité est contestée immédiatement par les Britanniques.
En 1900, la boxe anglaise et la boxe française jugées trop violentes et non éducatives ne sont représentées aux jeux Olympiques. La canne et le bâton ne sont présentées que sous la forme d'exercices d'ensemble exécutés par les Sociétés de Gymnastique.
Lors de leur création en 1907 par Georges Clemenceau, les brigades mobiles régionales dites « brigades du Tigre », unités de police judiciaire modernes, s'entraînent à la savate.
En 1907, Georges Carpentier est sacré champion de France de boxe française junior avant de se tourner vers la boxe anglaise.